Du 21 avril au 7 mai, était organisé, avec l'appui de la Fondation pour
l'Agriculture et la Ruralité dans le Monde (FARM) en partenariat avec le réseau CERISE, un forum électronique sur le guide « Organisations professionnelles
agricoles et institutions financières rurales, construire une nouvelle alliance
au service de l'agriculture familiale ».
Ce guide opérationnel qui a été présenté dans le BIM du 8 avril dernier, a
pour objectif d'appuyer la construction de partenariat entre les organisations
de producteurs agricoles et ruraux et les institutions financières. Il
s'adresse aux élus et au personnel technique des organisations agricoles et
rurales, aux responsables et aux personnels techniques des institutions
financières appelées à travailler avec les OPA, ainsi qu'aux structures d'appui
à ces acteurs (ONG, bureaux d'études, institutions de formation, bailleurs de
fonds.). Il est organisé en 7 chapitres :
Le guide reste provisoirement consultable sur le site de la Fondation FARM
Organisé autour des chapitres 2 à 7 du guide opérationnel, le forum
électronique avait pour objectifs de discuter, de valider et d'améliorer ce
guide. Il s'est adressé à tous les acteurs potentiellement concernés par ce
guide (OPA, IF, opérateurs d'appui, .) invités à faire des commentaires sur le
contenu de chaque chapitre, son adéquation par rapport aux besoins des
acteurs, son opérationnalité, et à proposer des améliorations et des
enrichissements. Le forum a réuni 49 participants, a suscité 41 messages et a
été consulté 1 317 fois.
Que nous a -t-il appris ?
La diversité et la richesse des contributions ont mis en évidence à la fois la
grande actualité du thème du partenariat entre agriculture et institutions
financières et l'expérience déjà acquise en la matière. En Amérique Latine, en
Afrique, à Madagascar, en Europe de l'Est, des OPA, des IF s'interrogent,
expérimentent, des ateliers se réunissent sur ce thème, des cadres de
concertations travaillent, des organisations d'intermédiation sont créées, des
volumes significatifs de financement sont mobilisés via ces innovations, au
bénéfice de l'agriculture .
Même si elles ne sont pas indemnes de difficultés, nombre de ces
expérimentations aboutissent à des formes opératoires concrètes, et soutiennent
un processus d'apprentissage permettant de progresser vers un financement mieux
adapté à l'agriculture. Les échanges se sont accordés à reconnaître
l'importance de ce processus d'apprentissage et ont souligné l'intérêt d'un
outil comme ce guide pour le soutenir.
Les propositions d'amélioration du guide ont largement porté sur le renforcement
de son caractère opérationnel. Qui peut utiliser un tel guide ? (les OPA, les
IF, élus ou personnel technique.) ? Sous quelle forme (formations,
auto-formation, ateliers participatifs, études.) ? Avec quels moyens ? Avec
quel accompagnement ? Des fiches techniques thématiques (comment élaborer un
calendrier de trésorerie, comment calculer la capacité d'endettement d'un
ménage.) complémentaires à celles qui figurent déjà dans les annexes (calculer
un taux d'intérêt.) ont été demandées.
Un consensus large s'est dégagé sur la nécessité d'une analyse fine des besoins
et des contraintes de financement des producteurs agricoles (Chapitre 2). Cette
analyse est une étape indispensable pour adapter au mieux les produits et les
procédures de crédit, et plus largement l'offre de services (épargne,
transferts de migrants, assurance.), mais aussi pour limiter la prise de risque
par les ménages (pouvant conduire au sur-endettement) et par l'IF.
Une analyse appropriée des besoins requiert le plus souvent une amélioration des
compétences des IF en matière d'agriculture et un renforcement des capacités
des OPA à formaliser ces besoins selon une grille recevable par les IF. Au delà
de l'identification proprement dite des besoins, plusieurs interventions ont
souligné la nécessité de mettre en place une démarche d'identification, de
quantification et surtout de validation de ces besoins, aux différents échelons
de l'OPA. Enfin, le caractère évolutif des besoins de financement a été
souligné, rendant nécessaire l'actualisation périodique de leur analyse.
Face à ces besoins de financement, quelle réponse l'OPA va-t-elle construire
(Chapitre 3) ? Les exemples cités, les témoignages des participants sur leur
propre expérience confirment que les trois stratégies analysées par le guide
(internaliser le crédit au sein de l'OPA, externaliser le crédit en créant une
IMF fille, construire un partenariat avec les IF existantes) continuent à être
développées, parfois même parallèlement au sein d'une même institution.
Ce foisonnement institutionnel est renforcé par le fait que chacune de ces trois
stratégies recouvre une grande diversité d'arrangements institutionnels. Ainsi,
derrière le terme « partenariat » trouve-t-on des arrangements aussi différents
que l'échange d'information, la délégation de crédit, la construction en commun
d'institution financière, mais de nature variée. Cette diversité reste
largement à documenter.
Même si la troisième stratégie, la construction de partenariat avec des IF
existantes, tend lentement à s'imposer, aucune des trois démarches n'est une
solution miracle et de nombreuses difficultés persistent (faiblesse des OPA et
des IF, montants de financement disponibles au niveau de la microfinance
souvent très largement insuffisants pour répondre aux besoins des filières
agricoles, risques spécifiques à chaque stratégie insuffisamment connus et
maîtrisés.).
Les exemples du RCPB au Burkina, de la Centrale des Coopératives de cacao de
Bolivie, de Vola Mahasoa à Madagascar montrent que l'équilibre entre OPA et IF
est une condition essentielle pour réussir et stabiliser un partenariat : les
deux partenaires doivent avoir chacun une bonne maîtrise de l'information, de
leurs compétences professionnelles respectives, de leur ressources ; là où l'IF
apporte un professionnalisme financier et l'OPA une infrastructure
organisationnelle solide, de nature à réduire les coûts de transaction et à
sécuriser le crédit, une relation gagnant -gagnant pourra s'établir. Renforcer
les compétences et les ressources au sein de deux secteurs favorisera un
partenariat équilibré.
Ces exemples confirment, s'il en était besoin, que le partenariat n'est que très
rarement immédiat et spontané, mais bien le résultat d'un processus de
construction : un processus jalonné d'essais, d'erreurs, qui a besoin de
temps, de transparence et de la participation des différents niveaux des OPA et
IF, pour se développer et se stabiliser. L'expérience de la Centrale des
coopératives de cacao de Bolivie met en évidence l'importance des étapes de la
construction de partenariat : étude de faisabilité, atelier d'élaboration de
politique de crédit, organisation du dispositif, plan d'affaire,
contractualisation à moyen terme.. Un accompagnement extérieur cohérent dans la
durée, peut être un facteur de facilitation du processus de partenariat.
L'adaptation de l'offre de produits de services des institutions financières est
un facteur déterminant de la qualité du partenariat qui pourra être construit
(Chapitre 6). Les échanges ont mis l'accent sur la nécessité de concevoir des
produits adaptés à la diversité des besoins agricoles (y compris l'élevage, la
pêche.), à la réalité du fonctionnement des exploitations agricoles (le crédit
global à l'exploitation a été évoqué), mais aussi plus globalement les besoins
des ménages déployant ces activités agricoles (crédit de soudure, santé,
besoins d'épargne...). L'intérêt de disposer, à l'image du réseau CECAM de
Madagascar, d'une gamme de crédits que les ménages peuvent combiner au fil de
leur trajectoire de développement, a été souligné. Mais si l'offre de services
adaptés à l'agriculture tend à s'étendre, les difficultés restent importantes,
voire se renforcent. La Bolivie en est un exemple : face à la situation de
crise qu'a connu la microfinance dans ce pays, le cadre légal a été renforcé
dans le sens de la prévention du risque, conduisant les IMF à s'éloigner des
secteurs difficiles comme l'agriculture.
Cet exemple met en évidence l'importance du cadre politique et institutionnel
dans la dynamique du financement agricole (Chapitre 7). La récurrence de ce
thème tout au long du forum confirme l'intérêt de l'aborder dans le cadre du
manuel. L'une des contributions a opportunément rappelé la Déclaration de
Ouagadougou en faveur d'un dialogue sur le financement agricole faite par un
large collectif d'organisations agricoles et rurales réunies au Burkina Faso en
2003. Cette Déclaration apparaît encore pleinement d'actualité en 2008 et
montre le long chemin qui reste à parcourir.
Le travail entrepris à travers l'élaboration de ce guide opérationnel et la
tenue du forum électronique va se prolonger par la réalisation d'une
formation-action portant sur le même thème : « Répondre aux besoins d'accès aux
services financiers d'une organisation de producteurs agricoles ». Cette
formation se déroulera à Maradi au Niger du 12 au 26 juin prochain. Elle est
réalisée par l'IRC de Montpellier SupAgro, avec la collaboration de l'IRAM, en
partenariat avec une organisation de producteurs agricoles, confrontée à une
problématique concrète de financement. Le module de formation vise à faire
acquérir, à travers une mise en situation professionnelle, les outils d'analyse
de la problématique de financement et à construire avec l'organisation et les
participants des solutions de financement. En 2008, c'est la Fédération des
producteurs de souchet SA'A qui accueille cette formation. Créée en 2002, cette
organisation faîtière regroupe, dans la région de Maradi, 13 unions comprenant
109 OP de base avec 4332 membres dont 1624 femmes (soit 37, 6%). Principale
culture commerciale développée dans la région de Maradi, le souchet contribue
significativement à l'amélioration de la balance commerciale régionale et
nationale, ainsi qu'au développement des entreprises privées. Le développement
de cette culture reste entravé par le manque d'accès au financement, tant au
niveau des producteurs agricoles qu'au niveau de leurs organisations.
Pour de plus amples informations :





