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Financement des IMF

C. Poursat avec le Portail

Enjeux et débats

 

Le secteur de la microfinance a amorcé depuis quelques années déjà sa « commercialisation », et l’inclusion des IMF dans le secteur financier formel devient une réalité, dans certains pays ou pour une partie des IMF du moins. De plus en plus, un lien de financement se crée entre les IMF, les banques, les financeurs privés et publics, avec le développement d’une gamme d’outils financiers élargie : prises de participation au capital des IMF sous statut de société ; prêts commerciaux aux IMF et garanties facilitant ces prêts ; outils de gestion du risque de change. Récemment certaines IMF ont même été introduites en bourse et l'on voit les premières émissions obligataires et opérations de titrisation apparaître en microfinance.

 Que sont exactement ces nouveaux outils, comment fonctionnent-ils ? Quels sont leurs avantages et inconvénients relatifs du point de vue des IMF? Toutes ces questions seront abordées dans un nouveau dossier thématique qui va prochainement s'ouvrir sur le Portail de la microfinance et qui s'intitulera 'outils de financement pour les IMF'

 En attendant, voici un coup de projecteur sur les enjeux et débats autour de ce financement des IMF, que vous pourrez retrouver prochainement sur ce dossier thématique.    

 

  1. L’inclusion de la microfinance dans le secteur financier     

Jusqu'à la fin des années 90, l'enjeu de la microfinance était de prouver qu'il était possible d'offrir des services financiers à des populations défavorisées sur des bases pérennes, via la promotion d'institutions viables financièrement. En schématisant, la plupart des IMF nées durant cette vague se sont construites sous la forme d’organisations initiées par le secteur non gouvernemental, dont le développement a été appuyé financièrement par des ressources gratuites (ou quasi-gratuites) des bailleurs de fonds publics, bilatéraux et multilatéraux. 

 A l’issue de cette période, il a été possible de démontrer que l'offre de services financiers viables et profitables était possible sous certaines conditions, et avec un impact positif. 

Le secteur de la microfinance a amorcé alors ce que l’on a appelé sa « commercialisation » : l’enjeu est devenu, non plus la démonstration du succès de quelques expériences, mais celui de toucher un nombre significatif de personnes dans le monde (la « massification » de la microfinance) et d’intégrer les IMF dans le secteur financier formel.

L’accent a alors été mis (notamment par le CGAP) sur la nécessité de déplacer l'enjeu de "promotion de la microfinance" à celui plus ambitieux, de "création de systèmes financiers ouverts à tous" (ou systèmes financiers inclusifs). L’objectif est de faire passer les pauvres, qui constituent la grande majorité de la population mondiale, du statut d'assistés à celui de consommateurs avertis de services financiers.  

 Pour parvenir à une bancarisation de masse des populations, l’idée est donc d’impliquer l'ensemble des acteurs du secteur financier, (banques de développement, réseaux postaux, banques commerciales.), et non plus seulement les IMF strictement, dont on met en avant les faiblesses : difficulté à atteindre des échelles significatives, parfois sujettes à problèmes de gestion et de gouvernance (notamment lorsqu'elles ont le statut d'ONG), souvent dans l'incapacité légale de mobiliser l'épargne du grand public. La microfinance doit donc faire partie intégrante du système financier mondial.  

 Révélateur de cette tendance, certains bailleurs ont essayé de remplacer le terme d'IMF par celui d'Institutions financières alternatives (IFA). Les IFA regroupent l'ensemble des structures d'intermédiation financière qui cherchent à combiner objectif financier et objectif social. Cela inclut les IMF mais aussi les banques agricoles publiques, les réseaux coopératifs d'épargne et de crédit, caisses d'épargne ou banques postales, incités à adopter eux aussi les techniques de microfinance déjà éprouvées, dans le but d’élargir leur clientèle.

Plus généralement, l’inclusion des IMF dans le secteur financier formel se fait aujourd’hui réalité, dans certains pays ou pour une partie des IMF du moins. De plus en plus, des articulations se créent entre les IMF, les banques, divers acteurs financiers (réseaux postaux, banques agricoles…), dans un cadre réglementé, en s'appuyant sur l'infrastructure technico-financière (cabinet d'audit, SIG, prestataires de services d'appui, agences de rating, systèmes de paiement) et en s'insérant sur les marchés bancaires et financiers.

 D’autre part, les IMF les plus performantes doivent se structurer en sociétés à but lucratif, avec notamment pour but de pouvoir accéder à des sources de financement commerciales (banques, fonds d'investissement) ou à l'épargne, pour financer leur croissance et/ou leur montée en gamme.  

 Les banques commerciales, de leur côté, sont incitées, par la démonstration faite de la rentabilité des IMF, à entrer sur le marché de la microfinance soit directement (descente en gamme pour offrir des services financiers) soit indirectement (par le financement des IMF notamment).  

 

Pour en savoir plus  :

 

Dossier Commercialisation du Portail microfinance, page Enjeux et approches.  http://www.capaf.org/pages/Commercialisation/approches.html

 

 Littlefield E. et Rosenberg R., La démarcation entre microfinancement et secteur formel s’estompe, CGAP, 2004. http://www.capaf.org/Telech/Commercialisation/Commercialisation/BreakingDownTheWalls_Fre.pdf  

  2. Quel est l’ampleur du financement de la microfinance aujourd’hui ?    

La microfinance touche entre 113 millions[1] et 150 millions[2] de personnes aujourd'hui selon les estimations, soit au mieux 10% du marché potentiel.

La demande des IMF en capitaux, pour financer la croissance de leur portefeuille de crédits, ne cesse de grandir. Aujourd’hui, les 100 plus grandes IMF accroissent leur portefeuille de clients de 26% par an, avec un besoin correspondant en capital (source : MIX Market).

 Couvrir la demande potentielle (1,5 milliards de personnes), exigerait 280 milliards d'USD en capitaux potentiels, du point de vue stricte des besoins en crédits (c'est-à-dire hors financement de l’appui aux structures : assistance technique et exploitation).

 Le montant du capital investi en microfinance (IMF exclusivement), est aujourd'hui estimé à 17 milliards de dollars US, soit 1/15 des besoins estimés pour satisfaire le marché.    

 En prenant l'hypothèse d'un ratio dette/fonds propres de 5 pour 1, le volume de dette nécessaire est estimé à 235 milliards de $US et le volume de fonds propres à 35 milliards.

 Le financement de la croissance de la microfinance reste donc un enjeu réel, pour accroître la portée du secteur.   

Pour en savoir plus :

 Creusot, Anne-Claude (à paraître). Evolution du secteur de la microfinance, GRET, 2007.

 En anglais :

 Leading Group Meeting, Building Financial Systems for The Poor, Public Private Partnerships to scale up microfinance, février 2007.  http://www.innovativefinance-oslo.no/pop.cfm?FuseAction=Doc&pAction=View&pDocumentId=11757 

 

 Reddy, R., Microfinance Cracking the Capital Markets II, InSight ACCION n°22, mai 2007.  http://www.microfinancegateway.org/files/40679_file_43.pdf    

 3. Qui finance la microfinance aujourd’hui ?  

 

Sur l’estimation de 17 milliards de dollars de capital investi en microfinance (IMF exclusivement), 75% sont fournis par les marchés locaux (essentiellement sous forme d'épargne et d'emprunts sur le marché local). Le financement local de la microfinance reste donc un enjeu essentiel, qui ne doit pas être occulté par la visibilité des investisseurs européens et américains.

Le solde (4 milliards de dollars) correspond à des investissements étrangers, sous forme de prêts (70%), d'appuis en fonds propres (20%) et de garanties (10%). Sur ces 4 milliards, 80% des investissements étrangers demeurent des fonds non commerciaux (subventions ou fonds dont l'objectif est uniquement la préservation de la valeur du capital), malgré la volonté de faire entrer des sources de financements privées dans le secteur. Malgré tout, la commercialisation de la microfinance progresse, et la proportion d’investissements commerciaux s’accroît.   

Pour en savoir plus  :

 En anglais :

 Reddy, R., Microfinance Cracking the Capital Markets II, InSight ACCION n°22, mai 2007.  http://www.microfinancegateway.org/files/40679_file_43.pdf    

  4. Quelle répartition des rôles entre financeurs privés et publics ?  

De nouvelles catégories de financeurs sont apparues aux côtés ou en relais des bailleurs de fonds publics qui avaient dominé la phase de développement du secteur : banques commerciales, investisseurs privés, fonds spécialisés en prêt ou investissements aux IMF.

 Une étude récente de MicroRate (intitulée : Les IFI (institutions financières internationales) sont-elles en train d’évincer de la microfinance les investisseurs privés ?, voir référence plus bas) a jeté un pavé dans la mare, en abordant le sujet du rôle respectif des financeurs privés et publics.

 Les IFI sont les institutions spécialement chargées des activités d’investissement des agences de coopération publiques bilatérales ou multilatérales, comme la Société financière internationale (SFI) ou le Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) allemand, entre autres.

 Fondamentalement, cette étude pose la question du rôle des bailleurs de fonds publics sur un secteur qui ambitionne d'attirer de plus en plus de financeurs privés, en soulevant plusieurs points :

 -          Selon cette étude, les IFI, qui dans le discours, ont vocation à prendre des risques là où le secteur privé refuse de le faire, ont en réalité aujourd'hui tendance à concentrer leur appui financier sur les IMF les plus solides du secteur, reléguant l'afflux de nouveaux investisseurs privés vers le segment des IMF les plus risquées.

 -          Dans certains cas, des prêteurs privés qui souhaitaient apporter leur financement à des IMF, n'ont pas réussi à le faire car ils ont été incapables de rivaliser avec les conditions offertes par les IFI.    

Pour en savoir plus :

 BIM  'Les Institutions financières internationales sont-elles en train d'évincer de la microfinance les investisseurs privés ? avril 2007. http://microfinancement.cirad.fr/fr/news/bim/Bim-2007/BIM-07-04-10.pdf 

 

 

 5. Quels besoins, pour quels outils de financement ?

La demande évolue…

Par ailleurs, avec le temps, les besoins en financement de la microfinance ont évolué. Si les subventions initiales des bailleurs de fonds restent en général nécessaires dans la phase de construction des institutions, la structuration d’IMF plus matures et rentables, et l’implication croissante de nouvelles catégories de structures financières intéressées par la microfinance, a suscité l’apparition de nouveaux modes de financement.

…et l’offre devient plus complexe

Les institutions de microfinance (IMF) ont aujourd’hui à leur disposition un éventail toujours croissant de sources de financement : prises de participation au capital des IMF sous statut de société ; prêts commerciaux aux IMF et garanties facilitant ces prêts ; outils de gestion du risque de change…

Plus récemment enfin, on a même pu parler de l’émergence d’un « marché de capitaux » du secteur de la microfinance, au fur et à mesure que se créaient des fonds spécialisés et des montages financiers plus complexes. C’est ainsi qu’ont eu lieu en particulier les premières émissions obligataires et opérations de titrisation, ainsi que l’entrée en bourse de « success stories » du secteur (Compartamos au Mexique ; Equity Bank au Kenya). En outre, lorsque leurs statuts le permettent, un grand nombre d’IMF intègrent à leur stratégie de financement des campagnes massives de mobilisation de l’épargne publique.

Du point de vue des IMF, cela permet une plus grande diversification des ressources, mais rend plus complexes les décisions relatives à la structure de capital.   

  1. A qui profite la rentabilité des IMF ? Débats autour du cas Compartamos  

L’introduction en bourse d’IMF est un phénomène tout récent, avec peu d’exemples encore. Mais ce phénomène frappe les esprits, à la fois parce qu’il marque clairement l’entrée d’IMF matures et rentables dans le club des entreprises privées comme les autres ; parce qu’il permet à ces IMF d’accéder à des moyens de financement nouveaux, en levant des fonds du public. Mais surtout, pour la première fois, des transactions impliquant les actionnaires d’IMF sont rendues publiques : la valeur de l’IMF est connue. Or dans le cas de Compartamos, la valorisation en bourse de l’IMF rend évident le fait que les actionnaires de l’IMF ont tiré un profit très substantiel de la vente des actions.

  

Pour en savoir plus :

 Portail microfinance – Coup de projecteur Compartamos. http://www.lamicrofinance.org/content/article/detail/20153   

 



[1] Source : State of the Microcredit Summit Campaign, report 2006 : http://www.microcreditsummit.org/pubs/reports/socr/2006/SOCR06.pdf

 [2] Source : CGAP 2007

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