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Microcrédit aux plus pauvres et distorsions de marché au Bénin

Consortium Alafia - Bénin

Réaction de l'association professionnelle au nouveau programme microfinance lancé par l'Etat

Contexte

Le secteur de la microfinance au Bénin a connu des performances remarquables pendant plus d’une décennie. Aujourd’hui, ce secteur est caractérisé par un certain dynamisme, indiqué par les éléments suivants :
  • diversité des IMF (en termes de taille et de ciblage) ;
  • croissance simultanée des dépôts et des crédits ;
  • croissance d’emploi par les IMF
  • développement des services financiers adaptés aux besoins des populations non bancarisées.

Néanmoins, au cours de ces deux dernières années, le secteur est affecté par une série de crises. Malgré les mesures prises par la plupart des IMF pour ralentir le rythme des décaissements de crédits, la situation ne s’est guère améliorée. La plupart des grandes structures ont enregistré des résultats négatifs pour les années 2005 et 2006. Cette situation de crise s’explique par les éléments suivants :

  • la situation économique difficile que connaît le Bénin, caractérisé par un taux de croissance inférieur à 4% et un faible développement des activités génératrices de revenus ;
  • la concurrence de plus en plus vive et déloyale entre IMF ;
  • la centrale d’échange d’information des IMF n’a pas répondu efficacement et à temps en détectant plus tôt les comportements cavaliers des clients ;
  • le manque de professionnalisme au niveau de certaines IMF ;
  • les difficultés d’application de la législation par les promoteurs d’IMF ;
  • les difficultés organisationnelles rencontrées par les deux grands réseaux mutualistes ;
  • l’accumulation des impayés excédant déjà les 10% de l’encours total de crédit ;
  • l’insuffisance de coordination des interventions des partenaires au développement et des ministères impliqués dans le secteur ;
  • l’acharnement du fisc sur les IMF et le non respect des exonérations accordées ;
  • la pollution du secteur par certains gros débiteurs malhonnêtes et la création d’une association dite de consommateurs des produits de microfinance incitant les bénéficiaires de crédit au non remboursement ;
  • et tout récemment le programme du gouvernement de microcrédit aux plus pauvres (MCPP) présentant de graves dangers pour tout le secteur de la microfinance au Bénin.

Menaces du MCPP et propositions du Consortium Alafia

Les praticiens du secteur de la microfinance au Bénin, réunis au sein de leur Association professionnelle, le Consortium ALAFIA, ont souligné les menaces que représente le MCPP et ont fait des propositions au gouvernement pour l’améliorer.

Selon le Consortium ALAFIA, les objectifs du Gouvernement en initiant le microcrédit aux plus pauvres (MCPP) sont à louer. Il n’a pas d’objection par rapport à ces objectifs qui doivent être atteints pour réduire la pauvreté et accélérer la croissance économique en incluant les pauvres. Cela permettra de réaliser « la prospérité partagée » que prône le Président de la République. Les IMF s’engagent à apporter leurs contributions à la réalisation de ces objectifs étant donné qu’elles le faisaient déjà dans la mesure de leurs possibilités.

La contribution actuelle des IMF à ces objectifs se traduit par :

  • la livraison de produits spécifiques aux plus pauvres associant micro crédits et services non financiers ;
  • des conditions d’accès aux crédits sans garanties matérielles ;
  • la livraison des services dans les milieux où vivent les pauvres ;
  • etc.

Toutes ces facilités rendent les coûts de l’offre plus élevés que ceux des autres crédits du secteur financier. Par ce biais la microfinance a permis à des milliers de personnes pauvres de gagner des revenus additionnels et d’améliorer leurs conditions de vie.

Le MCPP ne propose pas d’autres approches sauf que le taux d’intérêt à payer par les « plus pauvres » serait très bas autour de 4% par an. Cela posera de sérieux problèmes pour le secteur de la microfinance dont principalement :

  1. La non transparence qui conduira à la perception des IMF comme des « voleurs des pauvres ». En effet, le taux d’intérêt d’équilibre du programme n’est pas annoncé. Ce taux d’intérêt d’équilibre qui devait prendre en compte tous les coûts du programme rapportés au volume moyen annuel ne fait pas l’objet de communication aux populations bénéficiaires et aux béninois en général. Cette situation fait croire que le taux d’intérêt annuel à payer par les bénéficiaires, qui sera autour de 4%, est le taux d’équilibre, ce qui est très loin de la réalité. Les estimations donnent un taux d’intérêt d’équilibre au dessus de 30% l’an avec prise en compte des coûts des gestionnaires du programme au niveau de l’État. L’État prend donc en charge pour chaque bénéficiaire un taux d’intérêt de 26% au moins plus les autres charges dont notamment celles des gestionnaires du programme. Ainsi, si les six (06) milliards prévus étaient mis en place, l’État devra payer environ deux (02) milliards de FCFA de subvention annuelle. Il s’agit donc d’un programme qui subventionne les taux d’intérêts pour les plus pauvres. La communication devrait en principe préciser cela afin que les populations puissent savoir que les IMF qui ne sont pas l’État appliquent des taux d’intérêts du marché qui sont justifiés par les coûts.

  2. La distorsion qui va être créée dans le marché de la microfinance et qui développera des frustrations chez les clients actuels des IMF non partenaires du MCPP. En effet, ce taux d’intérêt viendra créer le sentiment chez les clients des IMF qu’ils sont taquinés ou volés. Cela peut développer des attitudes incontrôlables. En effet, les clients des IMF qui sont dans les mêmes conditions de pauvreté que les clients du MCPP voudront avoir les mêmes conditions de taux d’intérêt que les clients du MCPP alors que les IMF ne pourront pas le faire car le taux d’intérêt d’équilibre pour les micro-crédits est élevé.

  3. Les IMF qui servent sans subventions la clientèle visée par le MCPP seront condamnées à disparaître vu que leur offre aura perdu sa compétitivité et leur clientèle les abandonnera.

  4. Le risque de perception des crédits MCPP comme des dons, puisqu'ils sont présentés comme une aide du gouvernement destinée aux plus pauvres. L'expérience internationale montre que des prêts présentés comme une aide de l'État sont généralement mal remboursés, ce qui risque de conduire à un épuisement des fonds du MCPP. Ceci risque à son tour d'avoir une influence sur l'attitude générale de remboursement des microcrédits et ainsi, par contagion, de conduire à une baisse des performances de remboursement de l'ensemble du secteur, avec une augmentation des taux de portefeuille à risque. Il s'ensuivra la faillite de certaines IMF et donc finalement une baisse de l'offre de services financiers aux populations défavorisées, au contraire de l'objectif recherché.

    Ainsi donc il apparaît clairement que les objectifs qui sous-tendent le développement du MCPP sont bons mais que le moyen trouvé pour les réaliser, le MCPP, est mauvais et représente une réelle et grave menace pour le secteur de la microfinance.

    Sur la base de cette analyse, le Consortium ALAFIA propose le remplacement du MCPP par d’autres moyens moins dangereux pour atteindre les objectifs.

    Le principal élément de différenciation par rapport aux crédits des IMF à la même clientèle étant fondamentalement le taux d’intérêt, le Consortium ALAFIA propose les solutions alternatives ci-après :

  5. La définition et la mise en œuvre d’un système de bonification d’intérêts des micro-crédits aux plus pauvres. Il s’agira d’un système général et permanent. Ainsi toutes les IMF qui octroieront ces types de crédit recevront des compléments de taux d’intérêts. Ceci permettra davantage de souplesse dans la définition des prêts (durée, périodicité des remboursements) pour répondre aux besoins différenciés des différents types d'activités exercées par les plus pauvres. Ainsi les bénéficiaires ne paieront que le taux d’intérêt bonifié souhaité par le Gouvernement. Pour qu’il y ait la transparence, l’aspect « Aide de l’État au titre de la bonification des taux d’intérêt » sera mentionné sur les dossiers concernés.

  6. La mise en place d’un fonds de refinancement des micro-crédits à n’accorder aux IMF que sur la base d’une performance minimum qui sera fonction des zones d’intervention pour ne pas polluer le secteur de la microfinance et pour préserver les ressources du fonds en maximisant les chances de remboursement par les IMF. Ce refinancement doit être accordé au taux de marché des fonds de crédit étant donné que la bonification de taux viendra en compensation. Cela diminuera le biais sur la concurrence par le coût des fonds.
  7. La création d’un fonds de subvention d’équipement ou autres appuis aux plus pauvres qui remboursent bien leurs micro-crédits pour encourager la culture du remboursement et n’aider que ceux qui réussissent.

  8. La création d’un fonds de subvention aux IMF pour qu’elles apportent des services non financiers spécifiques aux plus pauvres bénéficiaires des micro-crédits sur la base de la taille de leur clientèle et des projets spécifiques élaborés pour cette fin.

  9. L’élaboration d’une loi spécifique plus simple et efficace pour le recouvrement des micro-crédits chez des clients pauvres de mauvaise foi.

    Le Consortium ALAFIA est convaincu que ses propositions vont permettre au Gouvernement, avec la contribution des IMF, d’atteindre l’objectif de base qui est de « financer les activités des franges les plus vulnérables de la population afin de les rendre économiquement productives ». Cela permettra d’aider les plus pauvres avec plus d’ampleur et d’efficacité tout en éliminant les conséquences du MCPP qui met en danger tout le secteur de la microfinance que le Ministère délégué chargé de la microfinance a la responsabilité de soutenir et de développer. Le Consortium ALAFIA et les IMF sont disponibles pour contribuer à la mise en place du nouveau dispositif.

    DESCRIPTION DU PROGRAMME DE MICRO-CREDIT AU PLUS PAUVRES (MCPP)

    Objectif du programme

    • Objectif général :
      Rendre économiquement actives, à travers la mise en place de micro crédit et de divers services d’accompagnement, les populations les plus pauvres.

    • Objectifs spécifiques :
      • Fournir à ces populations, des services d’encadrement susceptibles de développer en elles une capacité de gestion d’activités génératrices de revenus ;
      • Mettre à la disposition de celles-ci du micro crédit destiné au développement d’activités génératrices de revenus.

      Il convient de préciser que le MCPP répond à l’une des recommandations de la semaine nationale de la microfinance, à savoir l’élaboration par le gouvernement d’un programme spécial pour les plus pauvres.

    La zone d’intervention du programme

    Tout le territoire du Bénin et spécifiquement les zones endémiques de pauvreté ;

    Les conditions generales d’acces au programme

    • Les populations cibles du programme

    Ce sont les plus pauvres c’est- à – dire ceux qui ont un besoin de financement d’au plus trente mille (30 000) francs CFA pour démarrer des activités génératrices de revenus. Il s’agira de les organiser en :

    • groupes solidaires de trois (3) à cinq (5) personnes ;
    • groupements solidaires de cinq (5) à quinze (15) personnes.
  10. Les produits financiers et non financiers du programme
    • La formation (principes mutualistes, gestion des AGR, notions comptables de base et principes du crédit) ;
    • Le micro crédit ;
    • L’épargne (2 formes : volontaire et/ou constituée sur une partie du montant des intérêts)
  11. Montant du crédit
    Le montant du crédit est plafonné à :
    • 30 000 CFA, à la première phase du programme ;
    • 50 000 CFA, à la deuxième phase du programme.
  12. Taux d'intérêt

    Le taux d’intérêt sensiblement bonifié, est de :

    • à la première phase du programme : 5 % l’an dont un maximum de 3 %, servant d’épargne stratégique ;
    • à la deuxième phase du programme : 8 % l’an dont un maximum de 5 %, servant d’épargne stratégique.

    A la troisième phase du programme, les bénéficiaires des services du programme seront soumis aux conditions des partenaires stratégiques. Les autres frais s'élèvent à 1000 FCFA (frais d'adhésion, de formation et de dossier).

  13. garanties

    Groupes ou groupements solidaires.

  14. durée de remboursement du crédit et différé
    Six (6) mois renouvelable avec franchise d’un (1) mois.

    L'agence d’exécution du programme

    L’agence d’exécution du programme est le FNM créé par décret n° 2006-301 du 27 juin 2006. Il démarre avec un effort initial de l’État de six (06) milliards de francs CFA et est ouvert aux ressources des partenaires privés et de la communauté internationale.

    Les partenaires stratégiques du programme

    Les partenaires stratégiques du programme sont les institutions financières implantées au Bénin (IMF ou banques) et ayant reçu l’autorisation d’exercice ; Une catégorisation desdits partenaires stratégiques sera faite en fonction de la taille afin de susciter la compétition à armes égales en leur sein et de diviser le risque programme. L’éligibilité au programme se fera sur la base des critères de sélection ci-après :
    • les indicateurs de performance ;
    • les zones d’intervention ;
    • la pertinence des approches opérationnelles proposées.

    Une convention sera signée et fixera les droits et obligations de chaque partie et les frais de gestion du partenaire stratégique.

    NB : Les frais de gestion du partenaire stratégique seront de 5% l’an du montant de crédit placé. Des six institutions retenues, quatre sont des IMF dont deux n’ont pas l’autorisation d’exercice, une banque de l’État en l’occurrence la BRS et un projet.

    La durée du programme

    Durée illimitée mais mutation possible pour satisfaire au mieux les attentes des populations cibles.

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